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21
Nov
2011
Texas en velo Imprimer Envoyer
Écrit par Gwennolé   

Vivre et travailler aux États-Unis est certainement une belle aventure. C’est celle que je suis en train de à vivre!!

On croit connaître beaucoup de choses des américains et de leur pays par les films, les séries diffusés sur nos écrans. C’est le pouvoir d’Hollywood. On associe facilement les États-Unis au pays de tous les extrêmes, des abus, du gigantisme, du capitalisme roi, du rêve de fortune et de réussite, du billet vert.
On ne s’imagine pas vraiment la taille de ce pays continent, plus grand que l’Europe elle-même.
De New-York à Los Angeles il y a près de 4000 kilomètres soit en comparaison la distance Lisbonne-Moscou. L’exemple du Texas où je me trouve est frappant car cet état est plus grand que la France métropolitaine.
Cette notion de distance, d’échelle continentale change finalement tout: la façon de vivre, de se déplacer, de communiquer, de travailler. Il y a de place aux États-Unis, on peut s’étendre horizontalement. Houston où j’ai atterri en est l’exemple parfait. Cette ville du Sud américain est constituée d’un quartier d’affaires Downtown situé en plein centre entourée par une ceinture de quartiers résidentiels. La façon dont les rues sont agencées est appelée un plan hippodamien, c’est à dire rectiligne et se coupant en angle droit. Certaines rues ou boulevards peuvent faire plus de 50 kilomètres de long.
Ainsi on ne vit pas l'européenne, les moyens de transports publics sont très limités (1 tramway, des lignes de bus mais pas de trains) et clairement ils sont fait pour les gens qui ne peuvent pas s’offrir une voiture. La voiture voici le mot qui est synonyme pour moi de Houston, du Texas et des États-Unis. Sans voiture la vie est bien difficile: faire les courses, aller au travail, sortir au restaurant, au cinéma; tout est adapté pour ce véhicule. Les routes sont larges, l’autoroute pour sortir de Houston fait 2 fois 5 voies. Y a-t-il donc de la place pour le vélo ici?

A premier vue le vélo ne semble pas vraiment fait pour le Texas, trop grand, trop espacé, trop chaud, trop ennuyeux.. Mais en y regardant de plus près, en discutant autour de moi je découvre que les gens font du vélo sans doute d’une manière différente des randonneurs. Faire du vélo, c’est faire la course le jeudi soir après le boulot, le dimanche matin avant d’aller au barbecue chez les beaux-parents; c’est avoir un beau vélo en carbone, une belle combinaison; c’est finir premier, aller le plus vite, avoir fait ses miles.. Il manque certainement le côté liberté, découverte, rencontre, aventure qui s’associe si bien à la pratique du vélo.

Mais toute règle a son exception; j’ai donc rencontré ce club qui s’appelle Houston Randonneurs et qui est dans l’optique des longues distances. J’ai rendez-vous ce samedi matin à 7h15 pour un brevet de 200 kms (124.2 miles). Il faut se lever tôt pour rejoindre le départ à Brookshire à 1 heure de route de Houston. Impossible de commencer en ville, pour atteindre le moindre coin de campagne il faut rouler sur le freeway une cinquantaine de kilomètres...
J’ai deux collègues ce matin, les autres du groupe sont partis pour le brevet de 400 kilomètres: départ 4h30 - retour minuit. Respect!! Ils reviennent du Paris-Brest-Paris qu’ils ont parcouru en moins de 80 heures, tous les week-end ils s'entraînent pour ce genre ce course. Je suis avec des gaillards, des gros rouleurs!!
Enfin j’ai confiance car j’ai une nouvelle randonneuse, c’est bien l’occasion de la tester!!

Il est 7h30; on signe le tampon à l’hôtel et on prend le départ. Les routes sont heureusement larges et les bas-côtés nous permettent de rouler tranquillement. Les véhicules qui nous doublent sont d’un autre gabarit: pick-up, truck, 18-wheelers; la route est droite, plate et certainement ennuyeuse. Cette route est empruntée par de nombreux groupes de cyclos, des tri-athlètes nous dépassent avec des vélos hyper élancés, cadre, roues carbones. Ils fusent!!

Après 4 mois de sevrage de cyclo, je suis bien content de me retrouver sur un vélo et de rouler dans cette campagne texane. A gauche et à droite on passe par des ranchs qui s’étendent à perte de vue. Chevaux, boeufs, armadillos (tatoos en francais) écrasés sur la route; voici les animaux de la campagne Texane.

La première étape après 30 miles soit 50 kilomètres s’appelle Belville. Il est temps de faire un peu d’approvisionnement d’eau. Il fait déjà chaud en ce matin d'octobre. La journée est loin d’être finie. Mes collègues sont en pleine forme, ils ont l’habitude de ces lieux et de ce climat. Pas le temps de s’arrêter que l’on repart, il faut parcourir maintenant les 20 miles (33 kms) de la prochaine étape. Quelques petites collines apparaissent, enfin un peu de changement. Je commence à peiner, et on n’a pas encore fait la moitié du parcours. Il va falloir avoir un bon mental!!

A la station essence A la station essence

Cette année le Texas a subi un sécheresse record; les champs de riz arrosés par une irrigation importante ont laissé place à des herbes en friches. D’habitude il pleut plus souvent m’indique Bob. C’est vrai que depuis 4 mois, je n’ai vu que 2-3 jours de pluie; un été caniculaire qui n’en finit pas. Sur mon vélo à une allure qui ne me convient pas je subis les coups du soleil, la chaleur, l’humidité pesante. Il est 10h du matin et je suis déjà à la peine. Il est grand temps de s’arrêter un peu. Le point de passage est la station essence près du freeway qui va au Austin la capitale du Texas. Pas très sexy, cela a moins de classe que les petits villages du Tarn!! Je commence à me rendre compte que ce brevet est plus une course qu’une ballade et que je suis moyennement en forme. Je m’asperge d’eau pour refroidir mon visage. Ce casque m’étouffe!! Il va bien falloir continuer il reste 100 kilomètres à parcourir, les kilomètres sont long ici. Partez devant je n’arrive pas à suivre, je vais aller à mon rythme sinon je ne vais pas pouvoir aller beaucoup plus loin. La route devient un peu plus intéressante. Moins de traffic il ne vaut mieux pas crever ici il n’y a pas grand chose aux alentours. Connaissant la culture texane je ne m’aventurerais pas dans une propriété, on tire à vue ici.
J’en discute avec mes compagnons de route en leur disant que le Texas a une mauvaise image en France. C’est vrai le Texas pour nous Français c’est Georges Bush, l’Amérique profonde, les gros trucks pollueurs, les exécutions, les armes à feu; un tableau pas très sympathique. Mais en vivant ici on se rend compte que c’est toujours pareil. Les images, les stéréotypes que l’on collent sur des gens, des pays sont généralement faux. Bien sur qu’il y a tout cela au Texas mais ce n’est certainement pas l’essentiel. Ce que je découvre ici c’est un vie plutôt agréable, des gens très accessibles, une mixité de population, d’origine, de culture. Ce n’est pas si mal de vivre au Texas!!
Enfin on s’arrête pour le dernier stop à Hempstead, je suis un peu déçu car la ville organise un festival et nous on passe en coup de vent. Il faut rester dans les temps pour pouvoir réaliser le brevet. Une part de pizza et une bouteille d’eau à la station essence ce sera tout pour cette ville. Mon calvaire continue encore, je suis exténué mais il faut bien continuer, j’ai signé pour les 200 kilomètres je vais les finir. Il y a un certain moment où tout se joue dans la tête même si on n’a plus rien dans les jambes; on s’accroche à quelque chose. J’ai fait les ¾ maintenant. Le numéro des boîtes aux lettres correspond à la distance depuis le début de cette route. Je les fixe tous, je fais des calculs dans ma tête pour savoir combien il me reste, combien j’ai parcouru, je m’accroche à cela à ces boîtes aux lettres. Je suis dans les roues de mes collègues, le vent devient de plus en plus fort, quelle fin de journée. Si je pouvais fermer les yeux et m’allonger, je rêve d’un bon bain, de mon lit king size, d’être assis dans mon SUV, d’être dans un frigo. C’est vraiment une épreuve pour moi, la chaleur me tue, l’humidité m’étouffe; mais je suis toujours là et je vais finir ce brevet. Une première pour moi; les plus longues distances que j’ai fait c’est 120 kilomètres et dans ces belles journées d’été françaises.

La fin est proche, encore quelques miles, quelques coups de pédales et on se retrouve à l’hôtel que l’on avait quitté 10 heures auparavant. Je suis bien heureux d’arriver et de ne pas avoir abandonné.
Cette expérience fut très interessante même si le principe des brevets n’est sans doute pas mon style préféré de cyclotourisme. C’est quand même un bon moyen de découvrir une campagne texane qui change littéralement de Houston la grande mégalopole.

J’ai pas mal de projets de cyclo dans les environs. Je ne suis pas très loin du Mexique, de Cuba, du Colorado.. Ce seront certainement d’autres récits à venir!!!

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