Mon départ de Majunga ne se fait pas sous les meilleurs conditions. J'ai eu chaud cette journée, je suis un peu fatigué ayant pas très bien dormi ces derniers jours et puis je sens que mon estomac fait des siennes. Quand je sais que m'attendent près de 15 heures de taxi-brousse je ne suis pas très enthousiaste. Mais bon c'est ce que j'ai décidé de faire, il faut faire avec. J'essaie de m'assoir un peu. Les odeurs d'eau croupie me font aller plus loin. J'arrive à caler mon sac et étendre mes jambes. On devait partir vers 17h, il est déjà 18h. On attend. Il fait chaud, j'avais pris des vêtements longs pour ne pas avoir froid. Je suffoque un peu ici. On prend son mal en patience, le taxi-brousse est bloqué par les autres garés devant lui. On partira en dernier.
J'ai entendu plein de choses sur les voyages de nuit. Les réunionnais me disaient que c'était formellement déconseillé par les guides, que les chauffeurs s'endormaient au volant.. Enfin plein de choses pour me rassurer. Pour limiter les risques j'ai pris une compagnie correcte, un véhicule en bon état. On pourrait se dire que comme la route est de bonne qualité ça devrait aller. Mais c'est encore pire car plus la route est bonne et plus les chauffeurs vont vite. Ici pas de 4 voies, ni autoroutes avec bande d'arrêt d'urgence. On est sur une nationale pour plus de 500 kilomètres. Le trafic est encore limité, on croise d'autres taxi-brousses qui font le voyage dans l'autre sens et des camions de ravitaillement. Aux abords des villes et villages, il faut ralentir les gens marchent sur la route, il n'y a pas de trottoir. Parfois des poules traversent juste devant, à la limite du suicide. Je n'ai pas encore aperçu de zébus ou autres troupeaux, il n'y en a pas trop sur cette route.
Notre taxi-brousse démarre enfin. On est 15 dedans, chacun a une place attitrée avec appui-tête. C'est mieux que les taxi-brousses de jour où les gens s'empilent avec rien pour se caler sinon l'épaule du voisin. Je suis à la place 8 côté fenêtre. Je vais essayer de poser ma tête. J'essaierai de toutes façons toutes les positions. Je me sens pas super bien dès le départ, je tente de fermer les yeux. Mais je les garde ouvert car notre chauffeur a pioché la carte de l'as du volant. Il en profite pour faire de grosses accélérations, je me dis qu'il faut bien chauffer la machine. Un arrêt par la case station essence et on est enfin parti. La nuit est bien tombée. Il faut éviter soigneusement les vélos, les piétons qui circulent sans lumière. A gros coups de klaxon et de déboîtements on se fraye un chemin pour sortir de la ville de Majunga. Chauffeur dépasse ce gros camion qui nous pollue l'air. Une petite ligne droite et une longue ligne blanche nous suffit.
Une herse est tirée il faut s'arrêter pour la gendarmerie. Le militaire nous salue la kalachnicov en bandoulière. Les papiers lui sont présentés, tout semble en règle on peut repartir. Il est grand temps pour moi d'essayer de récupérer un peu. Pas facile de trouver le sommeil quand on est bringuebaloté à gauche, à droite. Calé contre la fenêtre la force centrifuge m'écrase et me fait perdre mes appuis. C'est l'enchainement de montées, de descentes. Je me met droit comme un I appuyé sur mon appui-tête. C'est la meilleure position que je trouve, mais c'est vraiment inconfortable. L'arrière de ma tête qui frotte commence à me faire mal. Il est plus de 21h, j'ai réussi à dormir un petit peu.
On s'arrête pour manger un poulet sauce. Je parle au français qui est devant. Il a l'habitude de faire la route. Il m'explique qu'il a déjà réveillé plusieurs chauffeurs qui allaient s'endormir. Le notre d'aujourd'hui a l'air bien. Ils sont deux pour ce voyage, ce n'est pas souvent me dit-il. Il me rassure quand même. On continue la route entrecoupée par d'autres gendarmes qui vérifient encore et toujours des papiers déjà contrôlés. C'est à se demander à quoi ils servent (les gendarmes). Toutes les 2 heures c'est l'arrêt à la ville étape qui accueille tous les taxi-brousses. Un peu à manger, un peu à boire, une pause pipi et puis on repart. Je commence à sentir mon cou, je me redresse pour rester le plus vertical possible. Cela devient de plus en plus pénible. J'ai de la place pour les pieds, je ne suis pas comprimé, mais c'est plutôt que je ne trouve pas comment m'installer. En me tournant comme ça c'est mieux, non je tiens 5 minutes, contre la fenêtre mon pull tombe à chaque virage. On fait comme on peut puis à un moment donné on s'endort je ne sais pas trop comment. L'heure tourne il est 2h du mat'. La pleine lune nous permet de voir un peu le paysage que l'on traverse. C'est de grandes étendues montagneuses désertes. Parfois de grandes lignes jaunes s'étendent à l'horizon. Ce sont des incendies volontaires pour permettre de relancer des cultures.
Arrêt au stand pour recharger d'essence, encore un village étape où les gens finissent un bon café chaud. La température a bien baissé.
Je ne maîtrise plus trop le temps, cela fait bien longtemps qu'on est parti, combien de kilomètres nous reste-t-il? Tout le monde tente de trouver un peu de sommeil. Le chauffeur est concentré sur la route, il me semble que c'est la deuxième fois que l'on entend ce CD. Il chante pour passer le temps.
On se rapproche de plus en plus d'une grande ville. Il est bientôt 5h. Tana se réveille doucement, nous on a un peu de mal à ouvrir les yeux. Nous sommes arrivés après bien 10 heures de trajet. Finalement on a pas eu de problème, c'était un peu difficile de dormir, je me sens bien fatigué.
Dès notre arrivée on se fait assaillir par des taxi qui veulent nous emmener. Je m'énerve presque tellement ils me font mal à la tête. Le français connait un taxi, il m'emmène avec lui.
Ma route n'est pourtant pas finie, je vais continuer jusqu'à Antsirabe distante de 120 kilomètres. J'en ai pas eu assez, je continue. Déposé à la gare routière, je monte dans le taxi brousse. C'est fois-ci c'est moins classe, pas d'appui-tête, serré contre mon voisin, il faut tenir la distance. De toute façon j'ai plus trop la force pour batailler, je me résigne comme je peux. En fermant les yeux je trouve un peu de repos. C'est pas si loin Antsirabe mais cela prend du temps. Des filles très gentilles me font un peu de conversation, je leur donne mon adresse. Après bien 3 heures de route à travers les rizières, les routes tortueuses; on arrivent enfin à Antsirabe. Première chose à faire me trouver un hôtel et dormir..