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15
Sep
2009
Descente de la Tsiribinhia Imprimer Envoyer
Écrit par Gwennolé   

Départ pour la descente de la Tsiribinhia,

Article

Il est fait bien chaud à Miandrivaze, la ville la plus chaude de Madagascar. Elle est coincée dans une cuvette. Ma nuit passe vite. Levé à 8h, je rejoins José au petit déjeuner. On me sert un vrai jus d'ananas. Je l'apprécie particulièrement.
On commence à discuter des possibilités de départ. Il me dit que les allemands ont changé d'avis que peut être il va falloir attendre demain. Il y a 5 touristes qui devraient arriver. Cela commence à ne pas trop me plaire. On doit retrouver Léonard un autre guide qui peut-être va m'aider. Je l'avais eu hier au téléphone et il m'avait dit ok pour partir. Il me parle de 2 françaises qui sont déjà parties. Je pourrais les rejoindre si on se décide pas trop tard. Lui aussi me parle de partir demain. Je commence un peu à m'énerver, je dis que je me sens arnaquer. Il n'a pas trop l'air d'apprécier. A l'hôtel les allemands sont arrivés, ils veulent faire la descente de la tsiribinhia puis se débrouiller après. Cela me tente moyen, je pense que la partie suivant la descente peut me faire perdre beaucoup de temps, je n'en dispose pas tant que ça. José me donne un prix pour la descente. C'est 120 euros. J'en discute avec les allemands. Je fais un imper pour avoir parlé de prix. J'étais bien obligé de leur dire. Je n'aime pas trop cette discussion avec les allemands, j'ai l'impression qu'ils profitent pour baisser le prix et qu'ils ne s'intéressent pas à moi. Leonard me propose de venir avec lui dans le 4x4 pour partir avec les 2 filles qui sont déjà loin dans la descente. Cela me paraît mieux car elles ont louées un 4x4 avec chauffeur ce qui va me faire gagner beaucoup de temps pour les tsingy. Tout est histoire de traction. Le prix annoncé de 230 euros ne plaît pas à Léonard. Je lui rétorque que hier il m'avait dit oui. Il répond qu'il ne savait pas le prix. On commence un peu à s'énerver, il est à 2 doigts de partir. Je continue à lui montrer qu'on ne se fiche pas de moi, un prix c'est un prix. On arrive à négocier à 240 euros. Je me tire pas si mal finalement. Je vais pouvoir partir aujourd'hui et continuer avec un 4x4 accompagné. Reste à parler du paiement, Leonard veut que je donne tout maintenant. J'objecte qu'on n'avait pas convenu de ça. Si tu ne payes pas tout tu ne pars pas. Je n'ai de toute façon pas toute l'argent qu'il me demande. Encore une fois je suis à 2 doigts de ne pas partir. On s'arrange encore et toujours pour qu'il me reste à payer 70 euros à Morondave. Je pensais lui avoir donné tout mes sous, mais dans une de mes poches il m'en reste un peu. Heureusement car sur la route il n'y a aucune banque avant l'arrivée.
Quelle péripétie ce départ, les propos ont un peu chauffé, j'étais pas loin de ne jamais partir; mais au final tout se termine dans un bar à boire une THB et un coca. Je pense que j'ai pas si mal négocié mon ticket. Il faut voir comment ils bataillaient pour me faire payer plus. Le touriste est rare en ce moment et ça se sent.
Bon les gars font les courses et vers 10 heures on embarque sur la pirogue. Quand je dis pirogue c'est une vraie pirogue longue de 5 mètres et aussi large pour que je puisse m'y assoir. Je met toutes mes affaires derrière moi, ce qui me fera un dossier. Il ne faut pas qu'on chavire car j'ai tous mes papiers à l'intérieur. Légumes, riz, poule font aussi partis du voyage. Avec moi 2 gentils camarades, Max le vaillant piroguier de 19 ans aux muscles saillants et son petit frère David de 9 ans qui ne parle pas français.

lequipageLequipage

On a déjà 3 heures de retard sur les filles, il va falloir les rattraper. Je prends la pagaie et me met moi aussi à ramer. On a de la chance car le courant est fort et nous entraine rapidement sur la rivière. L'eau est bien trouble, je ne sais pas trop ce qu'y se cache. On s'arrête vers 12h pour une pause déjeuner. J'en profite pour aller nager un peu avec les enfants malgaches. C'est à celui qui fait le plus joli plongeon où le plus joli plat. Max prépare à manger, du riz sauce tomate avec du zébu. Un groupe d'une dizaine d'enfants m'entourent. Il regarde avec avidité mon assiette. Je sais qu'ils attendent que je leur laisse mon plat. Je mange ce qui me suffit sans me goinfrer et je les invite à manger. C'est la guerre à celui qui prend la viande, plein de petites mains empoignent le riz. C'est celui qui en prend le plus possible et puis on verra après. Cela fait sacrément bizarre de se retrouver confronté comme çà à des gamins qui en l'occurrence n'ont que très peu à manger. Comment savoir quoi leur laisser, il était bien une vingtaine et je n'avais qu'une unique assiette. Et puis c'est le plus fort qui en prend le plus, une sorte de guerre de survie. Difficile de ne pas rester insensible à cette misère, à ces jolis sourires qui vous frappe, à ces quelques mots échangés avec comme dénominateur le mot vazaha. Je suis vraiment d'un autre continent, moi et l'argent qui m'ont permis de voyager ici. Illusoire de croire que l'on peut changer le monde, mais à ma façon j'aide peut être un enfant à mieux manger aujourd'hui.
Les allemands sont sur la rive opposée en face de nous. On part avant eux, on ne les reverra plus. J'essaie d'aider de mon mieux Max. Il a une pagaie énorme, l'effort qu'il produit est vraiment impressionnant . A cette cadence très élevée on devrait rattraper les filles. Il commence à faire de plus en plus chaud sur cette pirogue, on est en plein soleil. J'ai juste mon chapeau pour me protéger du cagnard. Je met de la crème solaire.
Max a repéré un caméléon. On fait un demi-tour, il faut pagayer fort pour remonter le courant. Je prends de belles photos puis on reprend notre route.

cameleon Cameleon

Il me parle des arbres, des oiseaux que l'on croise. On est vraiment dans la nature. Ici c'est la vraie campagne, la rivière c'est le point de rencontre des animaux, du bétail, des hommes. Des petits enfants nous suivent en courant, ils veulent que je leur lance ma bouteille vide d'eau vives. Le soleil commence à baisser, cela devient bien plus agréable. Il va commencer à faire nuit. Max me fait signe, c'est là que l'on va bivouaquer. Les autres sont déjà là. On les rejoint. Je rencontre les 2 filles de Paris qui ont payé un tour complet depuis Paris. J'ai été formellement interdit de parler de prix. Je ne me lance pas sur ça car je pense qu'elles ont du payer une belle somme. Leur accueil est un peu glacial. On mange chacun de notre côté. Je paye une bière et un coca à mes coéquipiers. C'est Max qui y va il paiera moins cher. Je pars avec David le petit garçon voir les petits hotely (gargottes) qui sont installés. Montées rapidement, elles ne restent que 6 mois. A la saison des pluies l'eau les emportent. Je suis accueilli par un Manroso Vazaha (entre étranger). Ils font un peu à manger, vendent des bières. On est vraiment nul part mais il y a quand même de la THB et du coca. Ici se retrouvent des piroguiers qui font la remontée. De 3 jours en descente c'est plus de 11 jours de remontée. Il se servent d'un grand bout de bois pour pousser la pirogue. Ces hommes sont vraiment de vrais athlètes, ils gagneraient sûrement des compétitions d'aviron ou autres!!!
Le ciel est magnifique exempt de toute lumière parasite. Avant que la lune ne se lève on contemple la croix du Sud, mais aussi une grande constellation qui ressemble énormément à un scorpion, la voie lactée. C'est très beau. Et puis j'assiste certainement pour la première fois à un lever de lune. La lune est pleine, énorme; elle apparaît sur l'horizon à l'est. Puis elle monte et traverse notre voûte céleste. Les étoiles s'effacent face à sa présence.
Ma tente est installée. Je vais y dormir. Max et David eux dorment à la belle étoile à même le sol. Quelle vie!!! Debout au lever du soleil 5h30. J'en profite avec le savon récupérer à l'hôtel de me laver dans la rivière. Il y a beaucoup de courant à cet endroit je ne pense pas que cela craigne beaucoup. Il paraît qu'il y a des crocodiles dans la rivière mais je n'en ai pas vu. Petit déjeuner frugal on va repartir pour une nouvelle journée de pirogue. C'est un peu plus tranquille, sur la pirogue des filles ils sont 4: les 2 filles, le piroguier et un guide.
Tout se ressemble un peu, on a l'impression de faire du sur place. Quand je regarde l'eau qui m'entoure j'ai l'impression de ne pas avancer, mais par rapport à la rive on va vite je dirais à bien 10km/h. La rivière a façonné une grande vallée, des petites collines, des forêts bordent notre parcours. On aperçoit des lémuriens au loin. Max et David imitent leurs sons rauques. J'en rigole bien. Pas facile de prendre en photo en lémurien qui saute d'un arbre à un autre. C'est vraiment extraordinaire leur agilité.

saut du lmurien Saut du lmurien

Le soleil commence à frapper fort, heureusement on s'arrête vers 11h à une superbe cascade. Dans une petit crique, il y a une source d'eau qui forme une jolie cascade. On se baigne dans cette eau transparente. Je me fais un massage du dos, je sens les courbatures du pagayage. Je joue avec David; il est vraiment trop sympa ce petit garçon.

cascade avec davidCascade avec david

Pas besoin de se comprendre pour apprécier de jouer ensemble. On s'éclabousse, on fait des figures sous la chute d'eau. L'eau est fraîche c'est super agréable. J'ai l'impression que les filles sont assez renfermées, elles restent entre elles. Moi je vais voir les piroguiers, le guide. J'aime discuter avec ses gens, on a toujours quelque chose à se dire, une bonne remarque à placer. Très agréable cette petite escale, on va repartir pour aller manger. Je commence à souffrir du soleil qui tape fort. Je n'ai pas mis assez de crème sur mes cuisses, je commence à attraper un coup de soleil. Vers 13h on s'arrête manger dans un village. Le même scénario se produit, des gamins nous entourent et attendent que l'on finisse le plat. Ensuite c'est l'anarchie totale, les petites mains chipent tout ce qu'ils peuvent. Ils sont marrants, on prend des photos.

empiffrement Empiffrement

J'ai un peu du mal à cerner ces filles, j'ai l'impression qu'elles sont très égoïstes, très refermées sur elles-même. J'en profite donc pour aller à côté me faire raser. On va acheter une lame chinoise mais le mec me fait mal avec. La Chine a envahi l'Afrique de leur produit merdique. Bon deuxième solution je vais chercher mon rasoir avec de la crème. Ils ont jamais vu ça. Les gens d'ici sont des sakalaves, ils sont assez imberbes. Je sors la crème et essaye d'en mettre sur la main de David mais il recule. Il ne connaît pas, il n'a pas confiance. Je m'en met sur le visage et un des garçons prend mon rasoir et commence à me raser. Bon au final j'aurais mieux fait le travail. Mais c'était marrant j'étais l'animation du jour, un vazaha qui se faisait raser. Les gamins passaient, regardaient, rigolaient. Bon je termine tout seul parce qu'il n'a pas trop l'habitude. Je lui donne 100 Ar pour le remercier. On attend un des piroguiers. Tous les gamins sont encore là. Pour s'occuper je commence à faire le jeux de se taper sur les mains. Je suis trop grand pour eux, puis on s'entraine tous à faire des bruits bizarres avec nos mains, en claquant des doigts, en faisant des bruits de pets sous les bras. Tout le monde rigole. Camille leur montre comment faire la chouette avec les mains serrées. Ils essayent tous mais personne n'y arrive. Comme quoi la communication ne passe pas que par une langue commune, ces petits gestes, ces façons de faire du bruit, de la musique c'est universel. Je donne ma bouteille d'eau vive. C'est la guerre pour celui qui veut la récupérer. Il faut un peu les calmer. Le plus surprenant c'est qu'il n'y a aucun adulte qui suit les enfants. Ils sont livrés à eux-même. C'est la grande sœur qui s'occupe du dernier. Il y a toujours un petit chef. C'est souvent une des filles, les garçons les plus grands sont déjà embauchés pour travailler.
Notre piroguier est revenu, on repart. Je sens vraiment que le soleil me tape sur la tête. Il n'y a pas d'ombre. Je continue à pagayer. Tout devient machinal, le geste cadencé. Dès qu'on passe un coude de rivière, une grande ligne droite nous attend. C'est à la limite du déprimant. J'attends avec impatience le soir qui tombe.

pirogue au coucher du soleil Pirogue au coucher du soleil

Mes cuisses sont rouges, je met les mains dessus, je sens la chaleur. Il va falloir passer un peu de biafine. Ce soir on tue la poule pour la manger. Je ne suis vraiment pas habitué à tuer pour manger. Plus je regarde cette pauvre poule qui nous a suivi tout au long du trajet, plus je ne peux voir Max la tuer. Il va un peu plus loin et on entend rien. Le diner est servi. On mange très bien encore une fois. Ici il n'y a vraiment rien, pas d'hôtel. On est un peu les seuls au monde. Parfois des piroguiers remontent la rivière. Je vais me coucher sous la tente. Le sable est un peu dur, difficile de trouver un sommeil réparateur, je sens mon dos un peu cassé.
Dès 5h30 tout le monde est debout, on part pour notre dernier jour de pirogue. Il faut qu'on soit au point de rendez-vous à 10h. On ne se presse pas trop, notre chauffeur attend depuis 1h30 quand on arrive.
Voilà 3 jours se sont passés sur cette petite embarcation au ras de l'eau. On a parcouru bien 100 kms. J'ai vraiment été impressionné par la force physique, le courage et la ténacité de ces piroguiers. Je les remercies très chaleureusement. Ils ont été très sympathique. Avec Max, sa voix douce et son sourire angélique et le petit David j'ai fait de très belle rencontres que seule une aventure comme celle là créée. J'aurais du leur donner un vrai pourboire. Je vois dans leur yeux une sorte d'envie de venir dans le 4x4. Je me sens un peu con de partir comme ça. J'ai l'impression de ne pas mériter ce que je vis. Mais c'est ainsi que va la vie, je peux pas y changer grand chose.
On reprend la route sur les chemins tortueux pour atteindre les tsingy et leur spectaculaire paysage.

Photos

Carte

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