Il est 10 heures ce matin quand j'embarque à bord de Air Madagascar à destination de Tana. L'avion est un ATR à hélices d'une trentaine de passagers. Les voyageurs en transit arrivant de Tamatave montent les premiers. Je ne me presse pas et accède en dernier dans l'avion. Je m'assois près d'un hublot pour voir la vue au décollage. On prend la piste de décollage unique. Elle n'est faite que pour ces petits avions, on parle de l'agrandir pour offrir une ligne directe pour la Réunion. Décollage rapide, le bleu azur des plages ressort de suite. On essaye avec mon voisin de trouver des baleines dans les eaux de Sainte-Marie mais sans résultat. A force de monter la vue diminue, il y a beaucoup de nuages au dessus de Madagascar. On met 1 heure pour faire le trajet qui m'avait pris 1 semaine auparavant.
Normalement j'ai un vol transit pour Nosy Be, plage, plongée, farniente. L'ile a la réputation d'être envahie de vazahas cumulant les problèmes du tourisme de masse: hausse des prix, rabatteurs, environnement dégradé. Durant le vol je me pose la question de savoir si j'ai bien fait d'y aller. Je veux aller faire de la plongée, c'est un peu le but de mes voyages.
Je ne le sais pas encore mais le vol est multi-étapes. Je m'en aperçois en arrivant au comptoir d'embarquement. Les arrêts sont Majunga, Diego Suarez puis Nosy Be. Je demande à un des responsables de la compagnie qu'elle est la ville la plus sympa. Il me répond Majunga. J'ai 3 minutes pour me décider. Le bon point c'est que je pourrais rentrer rapidement sur Tana par le taxi-brousse. Ma décision est prise je pars sur Majunga. Vont-ils me laisser y aller? La fille de l'embarquement me dit que ce n'est pas possible, le prix n'est pas le même, il faut en plus que je change l'étiquette de mon bagage. Par chance mon bagage apparaît juste. Je m'exclame c'est celui là en interpellant l'hôtesse. Finalement on peut changer l'étiquette et ma destination. Me voilà donc parti à destination de Majunga.
Dans le vol on nous sert un petit sandwich avec coca. Je suis assis à côté d'un prêtre à qui je montre la carte des diocèses que m'avait donné les sœurs du bon sauveur. C'est certainement une des personnes des plus âgées que je rencontre à Madagascar.
On commence notre descente à Majunga. Je me retrouve un peu seul dans cet aéroport. Il fait plus chaud ici, le coin est désertique, on est loin des forêts vertes de la côte Est. Mon bagage récupéré les taxi me harcèlent pour m'emmener en ville. C'est bon pour négocier.
Premier avis c'est pas vraiment ce que j'attendais, Majunga c'est une grande ville côtière, un port de marchandise. Ici il y a beaucoup de Comoriens (des musulmans). Le premier hôtel où je m'arrête est un peu excentré de la ville, je rentre dans la chambre est une odeur forte en ressort. Je prends quand même après avoir baissé le prix je chercherais un autre hôtel entre temps. Je sens que c'est le genre d'endroit où tout seul je vais déprimer. Une ville pas très accueillante, un hôtel un peu miteux. Pas très bon tout ça.
Je descends en ville, ici c'est le royaume des pousse-pousse: des hommes à pied qui tirent les voyageurs. Pas beaucoup de vazahas voyageurs je vois plus des retraités accompagnés par de jeunes malgaches. Je trouve une sorte de pension de famille, je rentre visiter. Il me fait la chambre à 100 000 FMG. Ici tout le monde parle en francs qui vaut 1/5 d'Ar. C'est un prix assez cher, mais j'ai l'impression qu'à Majunga c'est pas donné. Allez je prends le gars à l'air sympa. Il m'emmène à un cyber. Je n'avais pas eu accès à internet depuis 1 semaine.
Je repars chercher mes bagages que j'emmène à la pension. Une bonne douche froide pour récupérer. Je sors manger.
A pied il fait nuit, le gars m'avait prévenu de faire un peu attention. Il n'y a pas de problème. Sur le front de mer, il y a une petite fête foraine avec jeux, animations, petits restaurants. Il y a bien 15 minutes à pied; j'arrive au gros baobab qui jouxte la mer. C'est le symbole de Majunga, ce baobab est assez impressionnant par son diamètre. Son écorce rappelle son histoire sanglante où les impacts de balles faisaient leur sinistre travail.
Pousse pousse et baobab
Pas mal de monde sur le bord de mer, c'est animé. Il y a de la techno un peu plus loin. Je me rapproche, en fait c'est un concours de techtonic. C'est vraiment excellent, par groupe de 5-10 les enfants dansent. Ils ont à peine 10 ans et déjà ils bougent les bras, les pieds en rythme. Cela m'a remis le sourire au lèvre. C'était la mode il y a quelques temps en France et c'est resté à Madagascar. Il faut voir comme ils sont doués.
Je continue un peu pour aller manger plus loin. Je prends brochettes, manioch grillé, soupe; un repas pas très cher. Je rentre par le taxi à l'hôtel. Il fait bien chaud à l'hôtel, le ventilateur au dessus du lit mais ne fait pas beaucoup d'air frais. Je met la moustiquaire pour ne pas être assailli par ces sales bestioles.
Nouveau jour à Majunga, je pars en taxi brousse pour le parc de Ankarafantiska situé à 200 kilomètres au Sud. C'est une réserve forestière avec lémuriens, crocodiles, caméléons. J'arrive au parc vers 9h du matin. Il faut payer un droit d'entrée et un guide par circuit. Il y a en tout 4 circuits, un dans le parc, un vers des carrières, un autour du lac en bateau, puis au baobab. Je suis seul et payer tout seul ça risque de faire cher. J'attends même pas 5 minutes et un couple de réunionnais arrivent. On partage le prix du guide et on part pour le tour complet réserve et carrière. J'ai vraiment de la chance car il n'ont pas eu de touristes depuis une semaine.
Perle notre guide nous emmène dans la forêt sèche. Ici il ne pleut pas souvent, uniquement à la saison des pluies. Le sol, le feuillage est très sec. Elle nous décrit les arbres, nous montre les oiseaux, on observe quelques insectes. Au loin on aperçoit des lémuriens blancs, on s'en approche. C'est les premiers lémuriens que je vois. Ils sont en famille, assis à l'intersection des branches à 3 mètres du sol. Ils nous regardent arriver de loin. Ils sont tranquilles en haut de leur arbre, on aura du mal à les embêter. On dirait des petits singes avec une longue queue. C'est un animal assez mignon.
Lemurien sauvages
On a traversé les ronces, brindilles, feuillages pour aller les voir; il faut se faufiler pour revenir sur le chemin. De retour au camp de base, la guide nous propose d'aller en 4x4 au site du cirque. C'est Jean-Claude qui a emmené les réunionnais qui nous prend. C'est un sacré personnage. A 35 ans il a tout plaqué, puis il est partit à bord d'un bateau faire un tour du monde. Il s'est arrêté au Brésil, en Thaïlande, en Afrique puis a posé son bateau à Mayotte puis Majunga. Ici il vit de sa petite retraite française, de quelques transports pour touristes, de son livre qu'il vend. Comme il le dit en France il vivrait comme un clochard, ici c'est un roi. Il est riche par rapport aux malgaches. Il loue un petit appartement, il a une jolie copine, un 4x4. C'est un hors la ligne comme il titre dans son livre. Il y a peut être un peu de ça à vivre à Madagascar, c'est sortir d'un système opprimant, qui écrase l'individu. Enfin c'est un sacré personnage à la langue bien pendue, des gens qu'on ne rencontre qu'en bourlinguant un peu.
Un peu de 4x4 pour atteindre la carrière, on passe par une route de sable, il y a de gros trous dans le chemin. Il faut les éviter. Jean-Claude prend tout son temps pour passer. Derrière la forêt, on découvre cette formation particulière. De grands rochers rouges parallèles s'étendent sur une centaine de mètres. Leur forme très pointue est due à l'érosion des eaux de pluie. Le guide nous explique que cela ressemble à des tsingy mais que cela ne vient pas du fond de la mer. Les plus connus sont les tsingy du Bemaraha. J'irais d'ici une semaine. On prend quelques photos, le sable est rouge. On se dirait sur la terre battue de Roland Garros.
On repart donc pour la ville où après avoir déposé Perle on s'arrête manger dans une gargote. 3 poulets sauces et un poisson nous sont servis. Heddar commence à expliquer ses origines malgaches. Il reconnaît les plats servis comme si c'était de sa maman. Il connait bien la culture, l'histoire de Madagascar. A la Réunion il y a beaucoup de malgaches. Ces 2 îles sont très proches.
On commence une discussion avec Jean-Claude sur fond d'immigration. Il y a des côtés très FN dans ce qu'il dit, il est un peu coupé de la France actuelle. Il est vraiment hors-ligne.
On retourne l'après-midi au parc pour faire le tour du lac en bateau. Ce lac est sacré, un des anciens rois pour éviter de se faire tuer se serait caché dans ce lac, aurait respiré par un roseau et aurait lancé tous les crocodiles à l'assaut de ses assassins.
Il y a beaucoup de pêcheurs autour du lac, ils n'ont pas peur des crocodiles. On observe des hérons, un martin pêcheur, des canards. Sur une petit plage 5 crocodiles du Nil s'étendent au soleil.
Crocodile du nil
En approchant ils rentrent dans l'eau étant moins vulnérable dans cet élément. La guide nous explique qu'il y a pas longtemps un enfant de 8 ans a été attrapé par un crocodile. Il n'en a pas survécu malheureusement.
Notre tour se termine. On revient au centre. Je rentre avec les Réunionnais en 4x4. Je participe un peu au frais d'essence. Je pensais rentrer en taxi-brousse, mais je n'ai pas l'impression d'en voir beaucoup. Au moins je suis sur d'arriver. Sur la route on s'arrête pour prendre quelques photos du couché de soleil. Arrivé à Majunga, on s'arrête chez Jean-Claude qui nous invite à boire un rhum. Il habite près de la mer, on arrive de nuit on ne voit pas la jolie vue. Il y a beaucoup de moustiques, je m'amuse avec la raquette électrique. Je tue une dizaine de moustiques dans un bruit de mitraillette. Même en tuant 10, il y a en 10 qui reviennent. Un peu de pschitt devrait faire l'affaire.
Jean-Claude nous met un reportage sur lui diffusé sur RFI. Finalement il est un peu pathétique ce bonhomme, hors d'un système qu'il critique mais dont il se sert. Lui 55 ans, avec un petit gamin de 8 ans dont la mère n'est pas là; il a trouvé à Madagascar un peu de ciel clair, un endroit qui l'accepte. Tant mieux s'il est heureux.
On retourne en ville pour aller manger de nouveau au bord de mer. On trouve une petite gargotte. On se fait servir brochettes, soupe. La soupe a un fort goût, j'en ai pris 2 cuillères. Elle va me rendre malade. Je pensais que l'eau bouillie ne posait pas de problèmes mais là pas de chance. L'estomac pas très rempli on part faire quelques manèges. On monte dans une grande roue, ici le moteur c'est les bras costauds de 2 malgaches. Et çà tourne vite, heureusement que cela ne dure pas trop longtemps. Je ne suis pas super rassuré sur ce drôle d'engin. Je me sépare des réunionnais et repart à la pension.
Mon dernier jour à Majunga je le passe au cirque rouge situé à une vingtaine de kilomètres. Avant de prendre un taxi brousse pour y aller, je réserve mon voyage pour Tana. Le mec de la pension m'accompagne, me montre la meilleure compagnie. On choisit le taxi-brousse et la place. Je paye ma place 25000 Ar. J'ai bien fait attention à l'état de la voiture. Je vais quand même y passer une nuit dedans.
Pour atteindre le cirque rouge après le taxi-brousse, il faut marcher pendant 30 minutes. Je suis 3 femmes qui m'y conduisent. Elles m'offrent une mangue que je mange goulument. Il me reste des fibres dans les dents que je n'arrive pas à retirer.
Le cirque rouge c'est de grandes pierres rouges formant un grand cercle. C'est assez joli, il faut mieux y aller au coucher de soleil. Je n'ai pas le temps malheureusement. Le soleil tape fort, j'en fait le tour à pied. Puis je me dirige vers la mer. Je me pose sous un parasol loué 3000 Ar. Hop mon maillot et je pars me baigner. L'eau est bien chaude 25°. Il y a pas mal de Malgaches c'est les vacances pour eux. Des gens de Tana viennent dans cette ville côtière pour se reposer et profiter de la mer. Je m'allonge sur le tapis, je suis un peu fatigué.
Plage de majunga
Il est temps de rentrer et de prendre le taxi-brousse pour Tana. Je gardé la chambre un peu plus longtemps je paye un supplément. Je n'avais pas été prévenu mais bon c'est normal je pense.
Voilà je termine mon court séjour dans le Nord du pays. Je suis pas forcément mécontent de redescendre dans le Sud, il fait chaud ici. Je sens en plus que la soupe me donne mal au ventre, le soleil m'a tapé sur la tête. J'arrive au taxi-brousse pas dans le meilleur état qui soit. Et en plus je vais y passer une nuit...