03 Sep 2009 |
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Journée à Vavaten,
ArticleJe prévois aujourd'hui d'aller à Vavatenina pour rencontrer la communauté des sœurs du Bon Sauveur. J'ai vu à Albi les sœurs françaises qui ont créé la communauté de Vavaten. Elles m'ont indiqué l'ensemble des centres du Bon Sauveur qu'elles possèdent à Madagascar. En tout 5 centres situés plus dans le centre est de l'île. Elles sont venues à Madagascar il y a plus de 50 ans pour évangéliser cette ancienne colonie française. C'est donc une bonne occasion pour moi de rencontrer une communauté qui va certainement m'accueillir chaleureusement. Vavaten n'est pas du tout sur la route touristique de la majorité des vazahas. Situé dans la brousse, c'est le point de rassemblement des campagnes environnantes. C'est une ambiance bien différente où les gens vivent majoritairement de la terre, de la culture du riz. Avant de partir pour le taxi brousse de Vavaten, je prends mon billet d'avion pour faire Sainte Marie/ Nosy-Be. Le pousse-pousse vélo me dépose à Air Madagascar où je l'achète pour environ 400 000 Ar (a peu près 150 euros quand même). Cela va me faire gagner beaucoup de temps. Les temps de parcours ici sont très importants. Il n'arrête pas de pleuvoir ce matin, je suis bien caché par une bâche plastique, mais le taxi-man est en tee-shirt, et la pluie tombe des plus fort. Cela n'a pas l'air de l'embêter. Je continue donc pour la station de taxi brousse. Je demande pour aller à Vavaten, il y a un taxi brousse mais il faut bien évidemment attendre pour qu'il se remplisse. Ce qui prendra bien 2 heures. A côté des gens jouent à un sorte de rami en pariant de l'argent, de l'autre je fais une partie de baby-foot. Pas facile de contrôler la balle, c'est tout glissant. La pluie ne s'arrête toujours pas de tomber, une mare s'est formée devant nous. Je discute un peu avec les gens, prend quelques photos, il faut savoir être patient ici. Heureusement je ne suis pas pressé. Pour aller au taxi brousse je suis obligé de me déchausser, j'ai de l'eau jusqu'au mollet. On est tous bien serré. A ma gauche une maman avec son enfant, à ma droite d'autre enfants et moi au milieu avec mon sac sur les genoux. Pas beaucoup de vazahas dans cette desserte, on me regarde, on rigole, j'entends dans leur conversation le mot vazaha. Je comprends qu'on parle de moi mais je sais pas trop pourquoi. La route commence par suivre le canal des pangalanes, un enchainement de rivières et lacs. Puis à mi-chemin on prend à gauche direction la brousse. A ce croisement on se fait assaillir par une meutes de jeunes filles qui vendent à manger: maïs chaud, crevettes fries, patates douces. A 100 Ar pièce je vais pas me ruiner et puis c'est pas mauvais.. La route continue maintenant dans la brousse, la route est bonne finalement mais ça tourne dans tous les sens. Certains malgaches ont le mal des transports. A chaque virage un coup de klaxon, 2 voitures ne se croisent pas. Il est bien 15h quand on arrive à Vavaten. On me demande où je veux aller, je réponds la mission catholique.
C'est par là on me dit. Je sais pas trop où je vais, si je vais me faire accueillir. C'est l'aventure!! Arrivée à la mission, je me présente au premier garçon qui me dit d'aller voir le père Eloi. Bonjour, je viens de France d'Albi. C'est les sœurs du Bon Sauveur qui m'ont donné votre adresse. Très content de me voir, il m'invite cordialement. Je monte mon sac dans une des chambres, je dormirais là ce soir. Dans cette communauté il y a 2 pères Will et Eloi, d'autres étudiants qui apprennent la théologie et la philosophie. Il faut faire beaucoup d'études me dit un des garçons. Avec père Eloi on va voir les sœurs à qui j'explique qui je suis et d'où je viens. Je suis accueilli avec plein de gentillesse. C'est vraiment super sympa. On part faire un petit tour en ville, j'aimerai me faire raser. Depuis 2 semaines je l'ai laissé pousser, ça me gratte. Un premier coiffeur, une petite guinguette plutôt ne coupe que les cheveux. On réserve pour un deuxième, revenez dans 20 minutes. Je vais donc visiter la famille du père, qui habite juste à côté, on nous sert des THB (la bière locale). Très gentilles ces dames me questionnent sur d'où je viens et ce que je fais. A la télé en fond tourne un reportage français sur la vie en savane. Les émissions de télévision sont reprises des télés françaises. A la communauté la télé ne diffuse qu'une unique chaîne. Les informations c'est de l'artisanal, parfois on voit le signe play comme sur un magnétoscope. Suite à la crise politique la télévision a du repartir de zéro. Une vraie télévision d'état à la belle propagande!! Cela me rappelle beaucoup Cuba. On repart pour le coiffeur après une bonne heure. On achète une lame à la boutique à côté, puis le barbier me rase. Il fait ça bien. Eloi en profite pour lui aussi se faire couper les cheveux. C'est assez facile les cheveux des noirs un coup de tondeuse et c'est fait. Je paye, les gens parlent en francs. Je crois pas avoir payé un euro. On revient à la communauté, le temps de discuter et d'être présenté aux gens. Il commence à faire nuit. Je m'installe dans ma chambre en attendant le repas de ce soir. C'est un repas de fête, c'est les 28 ans d'un des étudiants et les 4 ans de prêtre du père Eloi. A la communauté je ne suis pas le seul vazaha. Il y a aussi Edouard un français qui travaille pour une ONG à la construction d'une conduite d'eau. Il a trouvé hébergement ici. Il n'est pas seul, le diner est préparé par les frères. Il participe un peu pour la nourriture et il est hébergé. C'est un bon compromis. Il m'explique ce qu'il fait, demain on ira voir où il travaille. J'apprends beaucoup sur la vie à Madagascar, sur le climat politique, sur la façon de vivre des malgaches. Il est ici depuis 5 mois et continue jusqu'à fin septembre. Le travail avance doucement, il faut toujours surveiller, contrôler, être présent. La soirée s'annonce très sympa, dans la grande salle un carré a été formé. Les convives prennent table, les 2 pères à un bout, les 2 vazahas sur la table à côté, les femmes en face et les enfants sur le dernier côté. Sur la table, des bouteilles de coca, de la bière, de la limonade sucrée; en plat du poulet, des pâtes et bien évidemment du riz. J'ai quand même de la chance le jour où j'arrive c'est fête. Avant de commencer le repas, il faut se signer et le père Eloi prononce un discours. En malgache il remercie Dieu, remercie la communauté. Une des femmes répond et elle aussi remercie les gens présent autour de la table. On peut commencer à manger, un silence se fait, tout le monde est en train d'apprécier son assiette. En France ce serait un brouaha, mais ici on mange en silence. Je prends quelques photos autour de la table, on me sourit; les gens sont vraiment géniaux. Je suis accepté dans cette communauté; on ne m'a pas demandé grand chose, on m'a juste accepté comme invité. Le plat de spaghetti est suffisant largement, tout autant est le riz. C'est un riz marron, on sent qu'il vient de la terre. Des frites accompagnent le tout. C'est assez copieux finalement, on ne termine pas tout, on garde le riz et les pâtes pour demain. De tout façon rien n'est perdu. On se sent en famille, c'est agréable. La fin du repas approche. Une coupure de courant a lieu. Je commence à chanter joyeux anniversaire mais ce n'est pas trop la tradition ici. Pas de bougies sur le gâteau non plus. Une des jeunes apporte un ampli et les CD. On va danser sur des rythmes de musique malgache. On bouge dans tous les sens, on se gigote, c'est le défouloir. C'était trop marrant de voir les prêtres danser et en plus c'était eux qui dansaient le mieux. Edouard me dit que c'est les sœurs qui sont les meilleurs danseurs... Ils ont le rythme dans la peau à ne pas douter. J'ai du mal à m'imaginer nos prêtres et sœurs français dans la même situation. La musique alterne entre slow, zouk et malgache (je n'ai retenu que salé les autres noms je ne m'en souviens plus). La musique continue jusqu'à 22h, on prend des photos, des films. Un des jeunes a aussi un appareil photo, on flashe tous les danseurs. C'était vraiment sympa comme soirée. J'ai vécu au milieu des malgaches, le repas, la musique traditionnelle. En plus Edouard me raconte pas mal de choses, son engagement dans l'ONG, les conditions de vie des malgaches, l'aide qu'il essaye d'apporter. J'ai hâte d'aller voir son travail demain. On va se coucher, il n'y a pas trop de moustiques heureusement. Cependant toute la nuit le générateur va tourner pour faire marcher les antennes de téléphone qui sont juste à côté. Je met les boules quiès. Ce n'est plus le luxe et les belles chambres de tana, pas d'eau chaude, un robinet défectueux, des toilettes à la turque à l'extérieur. La messe est dite le matin à 6h30, merci pas pour moi. Je reste couché jusqu'à 7h30. Le petit déjeuner est servi, un peu de pain, du miel et du lait de la vache. Ici tout est produit locaux, restes de la veille. Il n'y a pas beaucoup d'argent mais les gens se débrouillent. L'eau n'arrive pas jusqu'à la communauté. Edouard m'explique que la pression d'eau de ville est trop faible, les conduites sont en mauvais état. Sur le toit une sorte de réservoir alimente les robinets pour la vaisselle, les toilettes, la cuisine, le linge. De toute façon il pleut beaucoup sur la côte Est donc pas de soucis de pénurie d'eau. On part avec Edouard et un des élèves pour suivre son travail. Normalement il y va en vélo mais avec nous on part à pied. Ce n'est pas très loin juste 3 kms. Tout au long de la route on vérifie l'état des fontaines, des conduites d'eau. Le principe est de mettre en place cette nouvelle canalisation qui amène un débit d'eau plus important et de mettre à disposition des fontaines. Chaque fontaine a un responsable qui s'en occupe et qui doit récolter l'argent des habitants. Les fontaines pour l'instant sont mal grillagés, mal entretenu, il n'y a pas de robinet donc l'eau coule en permanence. La canalisation d'eau se trouve dans les tranchées et sont encore apparentes. Quelques travailleurs rebouchent les trous mais comme le dit Edouard quand on arrive on les voit travailler, une fois partis ils s'arrêtent. Beaucoup de jeunes nous disent bonjour vazahas. On leur répond gentiment. Les gens arrivent en ville de la brousse, nous faisons l'inverse. Première étape une rivière qui faut traverser après avoir déchaussé. Ce n'est pas très malin j'ai pris un jeans. Il ne va pas être très propre.
Tant pis. Sur cette rivière un entrepreneur local s'occupe de faire un pont suspendu qui permettra de faire passer la canalisation. Edouard vérifie que les piliers sont bien droits, que la construction est correcte. Il faut toujours vérifier, montrer que là ce n'est pas bon. C'est du vrai travail de terrain. Dans la rivière des chercheurs d'or tamisent les cailloux. Des petites paillettes apparaissent dans leur tamis. C'est un travail vraiment harassant. Ils passent toute la journée les pieds dans l'eau, le dos courbé pour faire partir le sable. Un travail de fou pour ne récolter que quelques milligrammes d'or. Un autre chercheur creuse des trous profonds d'au moins 2 mètres pour trouver un gisement. Une fois Edouard est tombé dedans, il s'est presque cassé une côte. Il faut faire bien attention. On continue le long de la canalisation pour remonter jusqu'à la source. La pluie est de la partie. On s'abrite sous de grosses palmes, le K-Way par dessus. C'est un vrai chemin de baroudeur. J'ai retiré mes chaussures après avoir traversé une nouvelle rivière. La pluie n'arrange rien, le sol est glissant, on marche dans la gadoue. Il faut pas mal d'équilibre. Je traine un peu mais ils m'attendent. Je me demande comment les gens ont pu monter la canalisation par ces endroits. Edouard m'explique comment marche la canalisation, tout est fonction de la gravité, il y a aussi des sortes de valves pour évacuer l'air emprisonné. On passe les réservoirs qui serviront de filtrage. On arrive enfin à la source qui est prise dans la rivière. Voilà le chemin que prend l'eau pour redescendre jusqu'à la ville. Et bien c'est du boulot tout ça. En tout cas je trouve ça génial le travail que fait cette ONG, je n'avais jamais vraiment vu le rôle de tels organismes. On ne se rend vraiment pas compte nous occidentaux de l'avantage d'avoir de l'eau potable, de l'électricité, du chauffage. Ici j'ai vu les difficultés de s'approvisionner, vu que la vie sans modernité est dure. Ce qui est bien avec cette ONG c'est qu'elle fait travailler des locaux, qu'elle les responsabilisent. C'est leur projet, leurs biens. Il ne faut en aucun cas faire de l'assistanat, il faut les aider dans leur développement, pas leur donner du tout cuit. L'eau est cruciale dans notre vie, la ville de Vavaten grandit, ce projet est bien nécessaire. En rentrant j'invite mes deux comparses à un repas dans un petit restaurant. On mange un steak de zébu avec du riz. Hum très bon, et pour même pas 10000 Ar. La vie n'est vraiment pas chère ici à Vavaten. On rentre à la communauté, je fais mes affaires et prend mon sac. Direction la station de taxi-brousse pour atteindre Sainte-Marie. Facebook Social Comments Box for Joomla
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