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23
Apr
2011
Ponferrade - Santiago Imprimer Envoyer
Écrit par Gwennolé   

Ce matin en partant de Ponferrada, la pluie est encore de la partie; il va falloir faire avec et mettre la cloche pour éviter le plus possible de ne pas se faire mouiller. J’ai surtout les jambes et les pieds qui prennent l’eau avec les éclaboussures de la roue avant.

La_cloche La cloche

Le temps est assez moyen, en alternant petites averses et soleil. Sous la cloche il fait chaud, l’air ne circule pas. Voici les contreforts de la dernière grande montagne avant d’atteindre la Galice. Je rencontre une norvégiaine qui il y a 5 ans avait eu de la neige à cette même époque sur la route. A priori cela ne devrait pas être de même. Pour atteindre le col je vais m’informer à l’office de tourisme.

Avant_la_montée Avant la montée

Il y a plusieurs routes, d’abord le chemin dont j’ai recupéré les pourcentages. Je suis assez halluciné quand je découvre des pourcentages de 25%. Et bien là je crois que ce n’est pas humainement faisable en vélo.. Il y a la nationale qui me semble plus abordable. Je vais donc la suivre.. Après avoir trouvé de quoi manger je pars pour la grinpette, on met tout à gauche et c’est parti.

Je parcours presque seul à coups de pédales lents mais assurés cette grande nationale en parallèle de l’autoroute.

La_route_et_l'autoroute La route et l'autoroute

La moyenne doit être bien de 5-7%, ce qui est faisable. Au-delà et chargé comme je suis ce n’est pas faisable. Il faut mieux poser pied par terre. J’atteinds le premier col où je crois avoir terminé. Cela ne fut pas si dur, mais je ne suis pas au bout de mes peines car il reste encore 300 mètres à monter. Bon il faut repartir pour atteindre la galice et le col de Cebreiro 1300 mètres. Ah force de patience et d’efforts, j’ai enfin atteind le bout.

  Le_col Le col

Je suis content d’arriver car ce fut un beau col et sous des conditions pas forcément évidentes. Je me fais prendre en photo pour immortaliser le moment.

Vue_du_col Vue du col

Je visite le village de Ocebreio avant d’apprécier cette belle statue d’un pèlerin qui lutte contre le vent. Un peu comme moi finalement.

Pelerin_au_vent Pelerin au vent

Dans la descente qui suit le vent fait des siennes. Heureusement et j’apprècie par rapport à la veille la route est bonne, large, bitumée. Je pense faire des pointes mais avec ce vent de face je fais du 20 kms sur des pentes de 7%. J’essaie de tenir mon vélo le mieux possible pour ne pas être emportée dans tous les sens. Enfin tout se passe bien. Je continue à rouler, et je vais enchainer jusqu’à la fin de la journée des montées et descentes incessantes.

Je pense aller jusqu’à Portomarin mais je me dis qu’il faut mieux continuer pour une petite auberge et éviter la foule. Je passe donc Portomarin qui a l’air bien sympa mais il est déjà à être 18h.

Portomarin Portomarin

Allez je continue un peu 7kms c’est là où je devrais aller. Aujourd’hui après un passage de col à plus de 1300 mètres j’enchaine cette succession de satanées collines. Je ne sais pas vraiment ce qui me pousse à continuer, je suis fatigué, trempé et ces montées et descentes incessantes. C’est démoralisant !! Dans cet effort je l’ai impression de ne plus être là, de ne plus rien ressentir, de continuer parce qu’il faut continuer, pour vivre, pour arriver. Est-ce que le chemin de St-Jacques c’est ce dolorisme, cette recherche de soi par l’effort, un dépassement qui nous étonne, qui nous renforce, qui nous grandit. On est tous différent dans les difficultés, on a tous une limite à la douleur, à la patience qu’il me semble maintenant atteindre. Mais je ne renoncerai pas.

Ca y est j’atteinds le petit village où je devrais rester ce soir. Mais en arrivant 2 anglaises m’indiquent que tout est plein. La raison est simple c’est la semaine sainte et un bon nombre de touristes envahissent les 100 derniers kilomètres du camino. Finalement je les plains ces touristes qui arrivent de chez eux en voiture, leur petit sac, habits du dimanche et qui font le chemin comme une promenade de santé. Ils ne vont pas vraiment apprendre de cette expérience, ne vont rencontrer personne, faire juste 100 kilomètres futiles et sans intérêts. Moi je viens de faire 130 kilomètres avec un col aujourd’hui, 1200 kilomètres depuis mon départ, je suis trempé, épuisé mais je n’ai pas de lit ici pour ce soir. Mais cela me rend heureux car c’est ainsi que je rencontre les gens, que je vais discuter au bar pour trouver une auberge de libre, une place pour dormir, que s’organise une sorte de solidarité pour m’aider. Ce sentiment de fraternité vaut bien tout les fatigues du monde il me semble.

Voilà il faut faire encore 4 kilomètres et cela monte encore et il pleut encore et encore… Avec l’énergie du désespoir j’arrive enfin à Vantas de Narron. Une bonne douche chaude, un bon repas, une bonne nuit m’attend avant d’atteindre le but de ces 10 derniers jours Santiago di Compostela.

C’est le dernier jour et j’essaie d’atteindre au plus rapide St Jacques. La route est comme hier avec une succession de montées, descentes sans interruption. J’ai pas vraiment le choix de prendre des petites routes et de toute façon j’ai envie d’arriver au plus vite tellement cette dernière étape me semble inintéressante. Je vois tous ces touristes au bord de la route ; on dirait des fourmis qui se battent pour leur chemin. Je ne regarde plus que la route devant moi, je ne dis même plus bonjour au pèlerins que je double; je me renferme dans cette triste amertume. Voilà la dernière côte pour atteindre Santiago, je prends une photo au pied du monument. Voilà il ne faut plus que descendre pour arriver.

monument_avant_d'arriver_à_Santiago Monument avant d'arriver à Santiago

Santiago est une grande ville, je trouve rapidement l’auberge où je m’installe avant de partir vers le centre. Il pleut toujours autant, c’est terrible. Voici la cathédrale où mon pèlerinage prend fin après 12 jours sur les routes et plus de 1300 kilomères. Je pars toucher St Jacques qui attend bien sagement et qui a vu passer bien du monde derrière lui. 

St_Jacques St Jacques

La cathédrale est jolie mais pas si impressionnante finalement.

St_Jacques_de_Compostelle_de_nuit St Jacques de Compostelle de nuit

Je vais maintenant récupérer ma Compostela, mon diplôme ; en arrivant devant l’office des pèlerins je vois ce monde, qui afflue. Tout ça pour un diplôme qui n’a vraiment rien d’intéressant. Pour moi cela restera un souvenir, des choses que l’on a vu sur le chemin, des gens que l’on a rencontré, des paysages que l’on a traversé. Santiago est une belle ville, une jolie cathédrale, des rues agréables mais elle ne peut pas être à la hauteur des attentes que l‘on peut avoir; elle ne peut être le paradis ou le saint graal. Mais par contre j’ai aimé les villes du chemin, la chaleur des auberges, la sympathie des pèlerins, la gentillesse des passants, l’humanité d’un parcours. Buon camino !!

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